Aviron CoupDePelle

Mon année à Cardiff Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Anne Roquecave   
06-01-2006
En Septembre 2004, je suis partie vivre neuf mois au Pays de Galles.

J’ai débarqué au club un Mercredi après midi… On m’a mise dans un 4+ sans même me demander si j’avais déjà ramé en pointe, sans même savoir que j’étais française. La sortie fut mémorable. J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les ordres de ma barreuse : « Squared blades, full slide, from frontstop ». L’horreur, l’anarchie … Je me mettais sur l’arrière lorsqu’il fallait être sur l’avant, je ne comprenais pas que le numéro 2 c’était moi alors que j’étais au 3….Bref, un grand moment de solitude.
La barreuse m’a avouée beaucoup plus tard qu’elle avait cru avoir affaire à une autiste…

Mais tout ce vocabulaire, tout ce protocole, je n’ai pas eu d’autre choix que de l’intégrer très rapidement. En définitif, ça n’a pas été si compliqué que ça.

Et puis les entraînements se sont enchaînés. Rien à voir avec ce que j’avais connu en France. L’équipe passe avant tout : The women senior squad of Cardiff University (Soit une vingtaine de filles qui s’entraînent quotidiennement).

Les footings se font toujours en groupe, les séances d’ergo idem. La « Captain » de l’équipe est chargée avant chaque entraînement de vérifier que tout le monde pourra venir afin d’assurer la composition des bateaux. Avant chaque compétition, toute l’équipe se réunit au restaurant : On y met en place la tactique de course, on vérifie que tout le monde pourra se rendre au club à l’heure le lendemain, et puis surtout… on se motive à l’anglaise : «Good Girls !!»

Vous l’aurez compris, l’équipe est une notion fondamentale. On pense squad, on rame squad, on mange squad, on vit squad. On est certain de ne jamais se retrouver seul sur son ergo, sur son skiff ou lors de son footing.

Au départ, j’étais un peu la bête curieuse… Et puis rapidement les résultats et l’assiduité ont fait que j’ai reçu de plus en plus d’attention et de considération. J’ai même été mise à la nage (stroke) lors de plusieurs régates… et pour les anglais ça a un sens très fort.
A leur demande, je leur ai aussi organisé un « Training Camp » (stage d’entraînement) en France, à Avignon. Les filles ont adoré, le coach aussi : La France, le soleil . Le 8+ s’est petit à petit mis en place

Il faut savoir qu’au Royaume Uni, l’aviron est surtout pratiqué par les classes aisées. Du coup, c’est un sport qui se popularise avec l’entrée à l’université. La plupart de mes coéquipières étaient donc débutantes. Bien entendu, l’apprentissage est différent, il faut aller à l’essentiel pour avoir un bateau potable lors des championnats. L’aspect technique s’est donc révélé être assez superficiel. Mais quoi qu’il en soit, nous avons réussi à gagner une médaille d’or à la TDR universitaire nationale en 8+, et puis nous sommes allées en demi-finale lors des championnats universitaires sur 2000m.

Au fil des courses, j’ai vraiment gagné ma place dans ce bateau. Je dis cela sans prétention. Simplement, ma place dans le 8 n’a jamais été acquise, tout comme pour l’ensemble des filles de l’équipe. Il a fallu sans cesse faire des piges (trials) pour définir les 8 filles qui rameraient dans le bateau principal.

La dernière régate que j’ai faite avec les filles de Cardiff a eu lieu à Eton…. J’en garde un souvenir ému. Ces neuf mois passés avec elles prenaient fin ici. Il a fallu se dire aurevoir. Finis les 3×10min sur l’ergo, finis les Indian Run dans le park, finies les sorties sous la pluie dans l’obscurité, finis les ordres de la barreuse, …

A défaut d’avoir beaucoup retenu sur le plan scolaire, j’en retiens une belle aventure humaine (oui, ça fait un peu cucu la praline mais c’est vraiment ça), j’ai appris l’humilité et l’esprit d’équipe.

Hands on…
Lift !

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